Interview du President GBAGBO a RFI

Publié le par inconu

RFI : Vous avez dclar la suppression de la carte de sjour. Est-ce que ce nest pas une annonce lectoraliste ?

Laurent Gbagbo : Depuis 1990, je suis contre la carte de sjour. Maintenant que jai une occasion de pouvoir la supprimer, je la supprimerai. Maintenant, il reste techniquement mettre cela en pratique, mais cela ira vite. En tout cas, dici deux semaines, ce sera fait.

RFI : Si la carte de sjour nexiste plus, quest-ce que vous allez faire pour que les trangers ne soient pas inquits sur leurs carte didentit ?

Laurent Gbagbo : Mais cest la carte de sjour mme qui est le tourment. Cest parce quon recherche la carte de sjour, quon les tracasse. Je voudrais vous dire ce quun compagnon dHouphout, Laurent Dona Fologo, ma dit aprs mon meeting, puisque que cest de lui quil sagit, il ma dit, vous savez, en aot 1993, Houphout Boigny a dit : Je vais supprimer la carte de sjour, parce que lon me dit que a sert torturer les trangers, les pourchasser partout, mme dans les mosques pour leur demander de largent, donc ce nest pas une bonne chose . Si cest pour lidentification des trangers, on peut les identifier autrement, partir de leur propres papiers d'identit.

RFI : Cette annonce intervient dans le contexte de paix et de rconciliation surtout entre la Cte dIvoire et le Burkina. On a envie de savoir entre Blaise Compaor ou vous, est-ce que cest vraiment rel, ou bien est-ce que cest quelque chose de passager comme dhabitude ?

Laurent Gbagbo : Mais pourquoi vous dites "comme dhabitude" ? Est-ce quil y a dj eu un premier bruit que la rconciliation tait mal faite ?

RFI : Cest une rconciliation dfinitive alors ?

Laurent Gbagbo : Ecoutez, Blaise Compaor et moi, nous nous connaissons, nous sommes camarades, nous sommes amis depuis longtemps. Je ne veux mme pas parler de laspect affectif quil y entre nous, parce que a, a ne regarde que nous. Mais je veux dire, du point de vue des intrts, nous sommes chefs dEtat de deux Etats voisins. Et deux Etats voisins, leur intrt, cest de vivre en paix, pour que lconomie marche, pour que les gens circulent.

RFI : Les audiences foraines ont commenc mais comment expliquez-vous quil y a un faible taux de participation ?

Laurent Gbagbo : Cest parce que vous tes ltranger, que vous croyiez que les gens allaient tre trs, trs nombreux.

RFI : Mais certaines sources parlaient de trois millions de personnes concernes...

Laurent Gbagbo : Ces personnes ont tort, je ne sais pas o elles ont pris leurs chiffres. Je vous signale quand mme que 70 % de la population ivoirienne a moins de 30 ans. Or, les jeunes de 30 ans et moins, ils ont tous t dclars, pratiquement tous. Donc, ce nest pas tonnant quil ny ait pas une affluence. Cest pour ceux qui nont jamais t dclars ltat-civil.

RFI : Vous pensez quils ne sont pas nombreux ?

Laurent Gbagbo : Je pense quils sont beaucoup, beaucoup, beaucoup moins nombreux quon ne le dit et je pense que laffluence telle quelle se manifeste aujourdhui, correspond lide que je me faisais de ceux qui nont pas t dclars.

RFI : Alors sur le processus, lavance du processus notamment, les Nations unies se sont inquites de la lente volution de ce processus. Comment ragissez-vous ? Jusque-l, il ny a eu que des actions symboliques ?

Laurent Gbagbo : Mais les Nations unies ont tort de dire cela. Il ny a pas eu que des actions symboliques. Le fait que le prsident de la Rpublique aille Bouak, qui est une ville de Cte dIvoire, ce nest pas un acte symbolique.

RFI : Les forces nouvelles retiennent toujours leur territoire...

Laurent Gbagbo : Attendez, attendez, attendez ; le fait quon prenne des fusils, entre 2 000 et 3 000 fusils et quon les brle, ce nest pas un acte symbolique. Le fait quaujourdhui, les gens circulent de la frontire du Burkina Abidjan et vice versa, de lest louest et vice versa, ce nest pas symbolique. Le fait que les gens qui sont de Solofo, de Kolongo, de Ferk, de Ouangolo, aillent dans leurs village aujourdhui et reviennent Abidjan, ce nest pas symbolique. Donc, moi, je crois que lon ne sentend pas sur les mots ; cest dommage, mais cest nous qui sommes dans le vrai. Moi aussi, je pense que cest assez lent, parce que je suis press daller aux lections, mais on ne peut pas baptiser ces actes-l d actes symboliques . Je regrette de leur dire cela, mais ce nest pas vrai.

RFI : Vous dites tout moment que vous tes press daller aux lections ; vos adversaires disent quils ne croient pas votre sincrit, que quelque part, cest vous qui bloquez un peu le processus ?

Laurent Gbagbo : Oui, mais ceux-l, ceux qui ont amen la guerre, que voulez-vous quils disent dautre ? Je les attends aux lections, puisque de toute faon, on ira aux lections, mais je ne veux pas en dire plus pour le moment.

RFI : Il y a quelques mois dj, Chirac est parti et Sarkozy est arriv la prsidence franaise. Quest-ce que cela a chang pour vous, pour la Cte dIvoire et la France ?

Laurent Gbagbo : Cela a chang beaucoup de choses. Chaque matin, la France ne rpte plus que le problme de la Cte dIvoire, cest Gbagbo Laurent. Et cela dj, ce nest pas symbolique, l non plus, cest un acte trs palpable. Je respire mieux et je dors mieux, depuis que Chirac nest plus l et quil est remplac par un autre.

RFI : Il vous empchait tant de dormir ?

Laurent Gbagbo : Oh oui ! Parce quil avait une curieuse faon de voir : il pensait que ctait le prsident lu par les Ivoiriens qui avait un problme pour la Cte dIvoire, parce quil ne voulait pas voir que ses amis eux-mmes sont des problmes pour la Cte dIvoire. Alors quelquun qui rsonne comme cela, ma foi, quest-ce quil veut ? Il ne veut pas la dmocratie ? Moi, sil y a la dmocratie aujourdhui en Cte dIvoire, on ne peut pas dire que je ne suis pour rien dans lavnement de la dmocratie en Cte dIvoire. Je me suis battu, jai connu la prison, jai connu lexil. Alors, quand un chef dEtat franais, malgr cela, rpte quil faut jecter celui qui a t lu, je pense quil y a un problme quelque part.

RFI : Mais comment expliquez-vous que vos amis de lInternationale socialiste vous jectent aussi ou jecte votre parti ?

Laurent Gbagbo : Notre parti nest pas ject. Affi NGuessan qui est le prsident du FPI (Front populaire ivoirien) est vice-prsident de lInternational socialiste. Ce sont des Franais, des socialistes franais qui, en tant que Franais et non pas en tant que socialistes, ont cri. Mais a je ne leur rponds mme pas pour le moment. Jattend le moment o nous parlerons.

Entretien ralis par Alpha Barry de RFI

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